Joey Robin Haché, d’Acadie et de nulle part (Le Devoir)

La première chanson du premier véritable album de Joey Robin Haché s’intitule In Limbo, la troisième Nulle part est chez moi : il y a une sorte de thème récurrent.

Date: mercredi, 11 novembre 2015, 7 h 00

Le texte en ligne sur le site du Devoir ici.


Photo : Annie France Noël


Coup de coeur francophone
Repaver l’âme
Joey Robin Haché
Le Grenier Musique
En plateau double avec Olivier Bélisle, le mercredi 11 novembre au Divan orange, à 22 h.

La première chanson du premier véritable album de Joey Robin Haché s’intitule In Limbo, la troisième Nulle part est chez moi : il y a une sorte de thème récurrent. Premier couplet d’In Limbo, troisième ligne : « Les deux pieds cousus dans le tourment ». Métaphore de départ pour Nulle part est chez moi :« Depuis ces derniers temps / Je me sens comme / un creux de nid-de-poule […] ». Je pourrais citer chaque chanson. « J’ai les ailes tout endormies / Et la tête ensevelie »,lâche l’auteur-compositeur-interprète acadien dans Nigadoo. Oui, c’est un nom de ville, là où le grand gars est né, au nord du Nouveau-Brunswick.

« Ça fait beaucoup de nulle part », constate Joey, qui rit un peu au téléphone, de Moncton. Juste un peu. « Tout part de là, pour moi. T’es jeune, tu penses être en contrôle de ta vie, et puis tout se bouscule, tu te retrouves littéralement dans un no man’s land. Tu ne reconnais plus rien, aucun repère. Et après, t’as pas le choix, faut que tu te lances, que tu te construises à partir de ce nulle part. Et j’ai eu la chance de comprendre que les chansons pouvaient exprimer ça. » Rien de bien extraordinaire là-dedans, s’empresse-t-il d’ajouter. « On écrit tous pour essayer de mettre un baume sur ce qu’on n’est pas capable de sceller. La plaie reste ouverte, mais au moins, c’est partagé, il y en a qui vont peut-être se reconnaître. Ça peut aider. Moi, ça m’a plus qu’aidé. Ça m’a sauvé. » L’album est bien nommé : Repaver l’âme.

La chanson Nulle part est chez moi, de fait, aura permis à Joey Robin Haché de se trouver une manière. Après trois minialbums « dans la marge folk trash, limite grivois, à essayer de suivre le modèle de Lisa LeBlanc pour sortir de l’impasse où j’étais », une certaine lenteur s’est imposée pour porter des mots qui avaient besoin de temps et d’espace pour être entendus : « Le ciel est brun comme / du sang caillé / J’ai les yeux grands fermés / Le coeur au débarras / Nulle part est chez moi ». C’est ce qu’il appelle son « style folk-rock ambiant », avec de longues intros de guitare ou de piano « pour mettre la table », et des arrangements en crescendos inexorables : le chanteur remercie le réalisateur Guillaume Arsenault pour « l’écoute et la patience ».

Débrouillardise
L’album, en cela, se distingue très nettement de la manne des dernières années en Acadie, disques tout aussi distincts des Lisa LeBlanc, Hôtesses d’Hilaire, Radio Radio, Hay Babies et autres Backyard Devils. « C’est vraiment une explosion de styles. Tes racines, c’est où ? C’est ici, en Acadie. Mais t’es plus obligé de parler de la Déportation, t’es pas obligé de faire du folk trad. C’est une question de confiance en soi. Ne pas avoir peur de s’alimenter ailleurs, tout en exprimant ta vie d’Acadien, aujourd’hui. Et vivre en Acadie, c’est pas pareil pour tout le monde. »

Pour Joey Robin Haché, ça veut dire vivre de sa musique et vivre « autour de la musique ». Débrouillardise 101. « Des fois, je suis régisseur, d’autres fois technicien, ou directeur artistique, ça me permet de connaître les deux bords, la musique en tant que chanteur et musicien, et en tant qu’administrateur de chanteurs, de groupes, de musiciens. J’apprécie plus facilement tout le monde, là où je vais jouer. »

Pas de souci au Divan orange, où il s’amène ce mercredi avec les musiciens de l’album. « Je reste calme quand il y a des pépins. » L’homme aux « deux pieds dans le tourment » les a désormais bien à terre. « Mais je vais toujours avoir besoin de mettre les bons mots sur mes émotions… »

En écoute : In Limbo