À Caroline Savoie la finale acadienne

Quand Geneviève Borne a annoncé que Caroline Savoie l’emportait (grand prix parmi la ribambelle de prix), on a été plusieurs à se dire : c’était elle ou Joey Robin Haché. L’Acadienne ou l’Acadien.

Date: samedi, 29 août 2015, 11 h 17

À Caroline Savoie la finale acadienne

Quand Geneviève Borne a annoncé que Caroline Savoie l’emportait (grand prix parmi la ribambelle de prix), on a été plusieurs à se dire : c’était elle ou Joey Robin Haché. L’Acadienne ou l’Acadien.

Deux sur quatre. Ça frappait les esprits cette année au vétéran concours du Festival international de la chanson de Granby, 47e du nom : la forte représentation acadienne en finale. Caroline Savoie, fille de Dieppe, et Robin Haché, gars de Moncton originaire de Nigadoo, se succédaient vendredi soir, le hasard ayant voulu que Vincent Roberge, de Lévis, et Joanie Roussel, de Sainte-Thérèse, les précèdent sur la scène du chic Palace.

Acadiens pas pareils pourtant, ne portant pas l’Acadie sur le dos ni étampée dans le front : on est dans l’après Lisa LeBlanc, Radio Radio, Hay Babies et autres Backyard Devils, l’appartenance n’a plus à s’afficher pour être ressentie. On appelle ça de la confiance. On appelle ça une scène musicale. Motif de réjouissance.

Les autres finalistes ne faisaient pas de la figuration pour autant : d’entrée de jeu, Vincent Roberge avait en bandoulière un univers, des structures étonnantes, un sens aigu du décalage (Claramity Jane, chanson d’amour ?), et du bagout. Personnage pas banal. Et Joanie Roussel, seule interprète de ce lot d’auteurs-compositeurs, a chanté pour chanter : voix forte, très forte, mais ton plus juste encore, s’appropriant aussi entièrement du Daran (Trop forte, texte de Pierre-Yves Lebert destiné à Maurane) que du Catherine Major (La voix humaine, texte d’Éric Valiquette). Pas de sparages, des notes qui portent.

Un sens de la tournure

Et les Acadiens ? Caroline Savoie, folkeuse très nature, joyeuse, un peu cousine des Hay Babies dans le genre, ne manquait ni d’élan ni de substance, capable de chansons qui balancent agréablement tout en glissant au détour des rimes des souffrances sans fard. Douce et vraie, tout particulièrement dans Y’en aura (prix SOCAN de la meilleure chanson des quatre demi-finales) : je l’emporte avec moi, celle-là.

Joey Robin Haché, je le connaissais (et l’appréciais) déjà : de son premier album,Repaver l’âme, j’ai écrit pas mal de bien sur les drôles de tournures pour exprimer la douleur (est-ce acadien, ce regard à la fois cru et en biais ?). « Le ciel est brun comme du sang caillé », voilà une couleur qu’on ne trouve pas chez Rona, mais qui existe dans le ciel de Nigadoo. Je découvrais vendredi le Joey barbu, marrant, limite stand-up à la Patrice Michaud : un raconteur-né. Pas pour rien que ses mélodies sont à moitié parlées : ce type, on l’écoute.

Forte présence acadienne, forte année tout court. Ça fait longtemps que le niveau n’avait pas été aussi relevé à Granby : le virage estival, la programmation extérieure, tout laissait craindre un concours moins couru, faute d’espace et d’intérêt. C’était oublier que la chanson pousse partout, en tout temps, et qu’il s’agit de récolter au bon moment. En Acadie, c’est à maturité.

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