BRBR rencontre Cy

Fort de leur passage à la dernière édition des Francouvertes à Montréal, le groupe néo-brunswickois et néo-écossais Cy était de la Semaine de la musique de la côte Est en avril dernier, à Sydney, en Nouvelle-Écosse. L'équipe de BRBR en a profité pour trinquer avec les quatre gars, question de mieux connaître ce phénomène, à mi-chemin entre la tradition folk acadienne et les élans progressifs francophones des années 1970.

Date: mercredi, 25 mai 2016, 0 h 00

BRBR rencontre Cy

Cy : au-delà de l'image clean-cut

Fort de leur passage à la dernière édition des Francouvertes à Montréal, le groupe néo-brunswickois et néo-écossais Cy était de la Semaine de la musique de la côte Est en avril dernier, à Sydney, en Nouvelle-Écosse. L'équipe de BRBR en a profité pour trinquer avec les quatre gars, question de mieux connaître ce phénomène, à mi-chemin entre la tradition folk acadienne et les élans progressifs francophones des années 1970.

Le groupe donne rendez-vous à l'auteur de ces lignes au Governor's Pub, en plein cœur du centre-ville de Sydney. Semaine de la musique de la côte Est oblige, chaque racoin du restaurant est réservé, mais à force de négociations, Cy et BRBR arrivent à obtenir un compromis avec la serveuse, c'est-à-dire d'occuper une table jusqu'à ce qu'arrivent les clients.

« À Montréal, aux Francouvertes, les gens disaient que nous étions clean-cut, mais j'imagine que c'est pas mal vrai, » avance Éric Dow, le chanteur du groupe. C'est un peu décalé de ce qui se passe à Montréal actuellement. »

En fait, Cy ne détonne pas que dans la métropole, au-delà de son image. Le quatuor allie un savant mélange d'images régionales sans compromis, inspirées des régions acadiennes, à une imposante technicité musicale qui allie tant la scène folk acadienne que des inspirations plus progressives, « comme si Harmonium habitaient dans la même commune que Beausoleil Broussard », soulignait l'auteur de ces lignes lors de la Semaine de la musique de la côte Est.

Cela n'est pas un métissage artificiel, car le son du groupe reluis d'authenticité.

BAIE SAINTE-MARIE
Trois des quatre membres du groupe – Éric Dow, Guyaume Boulianne et Jacques Blinn sont originaires de la Baie Sainte-Marie, une région acadienne de la Nouvelle-Écosse (NDLR : l'auteur de ces lignes a déjà habité dans le coin). Le quatrième, Jacques Boudreau, vient de Moncton, au Nouveau-Brunswick.

« Heureusement qu'il est là pour nous balancer », précise Guyaume.

« Ou nous débalancer, » rigole Éric.

Cy s'inscrit pleinement dans le mouvement folk contemporain avec ses harmonies vocales accompagnées d'une approche rock, mais le groupe s'affranchit pleinement de son appartenance à la Baie Sainte-Marie; le nom du groupe fait référence à Cy à Mateur, personnage qui a droit au statut de légende dans le coin.

« Notre réponse cookie-cutter est que c'est un gars qui chasait des femmes, qui gamblait pis qui buvait. C'est du stuff pas trop catholique », souligne Guyaume.

Le groupe affirme que ce clin d’œil sert de guide à sa démarche créatrice en s'inspirant du côté traditionnel pour y ajouter une approche contemporaine.

« Par contre, le reste de la démarche est venue après qu'on a trouvé le nom », rappelle Jacques Blinn.

La Baie Sainte-Marie n'est pas que le lieu de naissance d'une partie du groupe, ni une source d'inspiration historique. La région occupe une place de choix au cœur des décisions actuelles de Cy.

« C'est là où on commence presque toutes nos tunes, que ce soit dans un camp ou prêt d'un lac », affirme Jacques Blinn.

C'est d'ailleurs dans un chalet en plein cœur du village de Margo que le quatuor a enregistré son premier album pendant un mois, en guise de suite à son maxi paru en 2014.

« Ça été intense comme expérience, tu sais, être isolé pendant un mois sans voir nos blondes ou la civilisation », évoque Éric.

« On a switché notre sleep-cycle de douze heures, pour se coucher à 4h ou 5h tous les soirs », rappelle Jacques Blinn.

EN ATTENDANT LA DOMINATION MONDIALE
Les membres de Cy s'entendent qu'au-delà de l'intensité de l'expérience, celle-ci fut stimulante grâce à l'apport de Kevin O'Neil, un musicien de la région qui officia à titre de réalisateur.

« Il nous aidé à expander le soundscape de Cy. On jouait avec trois guitares avant et c'était unique, mais après un bout de temps, on se questionnait si ça revenait à être la même affaire », propose Éric.

Cela a permis au groupe d'exister au-delà de cela, en y ajoutant une mandoline et des claviers – The Doors-type précise Jacques Blinn – sans pour autant dénaturer son approche, résolument racines. S'il a permis de guider cette remise en question musicale, O'Neil a également solidifié la manière dont le groupe approche son affirmation linguistique.

« Des fois dans les paroles, on débattait si on devait dire une phrase en français standard ou en acadjonne. Kevin nous rappelait de le dire comme on le dirait à nos mères. Ça nous a permis de rester fidèles à notre démarche », rappelle Guyaume.

« Il voulait point qu'on se cache derrière le dictionnaire », évoque Éric.

La serveuse du Governor's Pub vient de faire signe qu'il faudra céder la table à sa réservation. Une dernière observation s'impose; en attendant la sortie du disque, Cy précise que son objectif premier demeure la domination mondiale. Selon le groupe, cela n'est pas hors de portée.

« Pourquoi pas ? En 2016, les gens sont ouverts à toutes sortes d'expériences culturelles. La question linguistique est de moins en moins pertinente, tant et aussi longtemps que c'est intéressant au niveau musical », propose Éric.

Texte original ici : http://www.brbrtfo.com/actualite/cy-au-dela-de-limage-clean-cut